Football... une réflexion...

Aller en bas

Football... une réflexion...

Message  Démocrate le Sam 9 Juin - 22:31

http://www.lesoir.be/lifestyle/air_du_temps/2012-06-09/le-football-un-sport-enervant-920614.php

Le football, un sport énervant
Rinny Gremaud

samedi 09 juin 2012, 15:43

Rares sont les moments où il est toléré de pousser des cris d'animaux, de montrer ses fesses, de se vautrer dans la géopolitique de bas étage ou de fondre en larmes en public. Excepté une année sur deux. Pendant les championnats internationaux de football.



Chic, c'est l'Euro. Un grand moment de communion télévisuello-sportive comme on les aime. Inutile de nier, c'est l'audimat qui le dit. Tout le monde adore. D'abord parce que, pendant trois semaines, il y aura tous les soirs au moins une chose à faire, voire deux en phases de poule. Et puis chaque lendemain, soit tous les matins pendant trois semaines, il y aura quelque chose à en dire. Un commentaire pointu en forme de bon mot, une méchanceté pleine d'esprit, une formule qui tue pour résumer le match de la veille. A partager sans modération avec ses collègues, la boulangère, ses amis sur les réseaux sociaux, le mec d'à côté dans les transports publics. Communion, on vous dit.

Et puis on aime l'Euro comme on aime le Mondial, parce qu'il est l'occasion biennale de sortir de ses gonds. De franchir les limites de la bienséance. De pousser des cris d'animaux en public, de gesticuler furieusement en proférant des insanités, de se vautrer dans des lieux communs aux confins de la xénophobie. Sans que cela ne choque. Et pour cause : les grandes manifestations footballistiques rassemblent des (télé-) spectateurs toujours plus hétérogènes (âges et sexes confondus) qui représentent une proportion dominante de la population européenne. Une majorité d'Européens, donc, tous dans le même état. Les nerfs en pelote, on en voit qui fondent en larmes, qui se mettent tout nu, qui embrassent n'importe qui sur la bouche, à moins qu'ils ne leur arrachent les yeux. Certaines femmes disent ne plus reconnaître leur mari. D'inoffensifs pharmaciens, de pacifiques fiscalistes, les plus doux des employés de back-office de banques semi-publiques se transforment, trois semaines tous les deux ans, en bêtes assoiffées de sang, ou presque. Enervés. Littéralement hors de leurs nerfs. C'est l'état dans lequel le spectacle du football peut mettre ses supporters.

Et pas qu'eux. Le football est aussi un sport où les joueurs eux-mêmes font la démonstration de colères homériques, où l'arbitrage est toujours violemment contesté, où les insultes sur le terrain restent monnaie courante, et ce en dépit des campagnes de promotion du fair-play.

Un sport plus énervant qu'un autre ?
Y a-t-il donc quelque chose dans le football, dans ses règles, dans sa culture, qui en fait un sport intrinsèquement plus énervant qu'un autre ?

Cherchons une première piste d'explication du côté des scores. En football, on marque peu de buts, contrairement, par exemple, au basket. Le corollaire, c'est que chaque but est lourd de conséquence. Les possibilités de remédiation sont plus limitées dans un sport où l'on marque en moyenne deux ou trois points par match. Les buts étant pour tous, joueurs et spectateurs, des moments de libération émotionnelle, leur rareté permettrait-elle d'expliquer l'état de tension dans lequel on se trouve le reste du temps ? Pas du tout, estime Raffaele Poli, du Centre international d'étude du sport à Neuchâtel. « En basket, où les scores avoisinent la centaine de points, les spectateurs sont aussi dans un état de tension extrême, surtout à la fin du match, alors que le chronomètre est sans cesse arrêté et tout est encore possible. Le nombre de points par rencontre n'est pas inversement proportionnel au degré de stress induit. En revanche, le poids de chaque but marqué confère une responsabilité énorme aux arbitres. La moindre erreur de leur part peut donner un avantage définitif et sceller le match, ce qui n'est pas le cas si les occasions de revenir au score sont plus nombreuses. »

Et tout porte à croire, en effet, que la contestation violente des décisions arbitrales fasse partie intégrante de la culture du football. Contrairement au rugby, par exemple, qui, pourtant, présente les mêmes difficultés inhérentes aux sports de contact – en gros, on n'y voit que pouic. Longtemps resté le sport des élites, le rugby présente la particularité d'être un jeu brutal fondé sur le respect de l'adversaire et de l'arbitre. Alors que le football, lui, est issu des classes populaires. D'où, peut-être, un rapport un peu différent à l'arbitraire des lois.

Un score réduit
Mais revenons aux scores. S'il n'est pas en soi un facteur de tension, le nombre de buts par match est un symptôme, rappelle le sociologue et spécialiste du football Albrecht Sonntag : « Même les meilleurs joueurs manquent plus d'occasions qu'ils ne marquent des buts au cours d'un match, ce qui produit à la fois de la frustration permanente et un suspense merveilleux. »

Les difficultés techniques propres au football – ce jeu contre-nature où l'on doit se servir de ses pieds pour faire ce qu'on adorerait tant faire avec les mains – offrent une autre piste de réflexion, de même que les entraves aux mouvements naturels des joueurs. « Contrairement à d'autres sports de contact comme le rugby ou le hockey, le football est un sport dans lequel toute approche du corps de l'adversaire devient une faute potentielle, estime Eliane Perrin, sociologue du corps. Alors que le contact est dans la nature même du rugby, et que les accessoires du hockey permettent de se protéger, le principe du football veut que les joueurs ne se touchent pas, tout en étant sans cesse amenés à le faire, et ce sans protection. Une injonction paradoxale qui se traduit dans un degré extrême de maîtrise du corps, forcément frustrante. »

Il faut relire Christian Bromberger, auteur de Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde : «[DANS CE SPORT], l'aléatoire, la chance, tiennent une place singulière en raison de la complexité technique du jeu, fondé sur l'utilisation anormale du pied, de la tête et du torse, de la diversité des paramètres à maîtriser pour mener une action victorieuse, et du rôle écrasant de l'arbitre qui doit sanctionner immédiatement des infractions souvent difficiles à percevoir. […] Si, sur le chemin du but, il faut conjuguer le mérite et la chance, il faut parfois aussi s'aider de la tricherie, le simulacre et la duperie mis en œuvre à bon escient se révélant ici, plus que dans d'autres sports, d'utiles adjuvants. » 1

« Ce n'est pas possible d'expliquer », disait Platini à Duras
Michel Platini ne disait pas autre chose à Marguerite Duras quand il tentait de lui expliquer son métier2 : « Le football est fait d'erreurs. Parce qu'un match parfait, si personne ne fait d'erreur, c'est 0-0. Mais on ne sait pas pourquoi on fait des erreurs. Alors on explique le football à partir d'erreur d'un gardien de but ou d'un mec qui a loupé son tir : au lieu de tirer là, le ballon est parti là et il a roulé sous le gardien, on a gagné 1-0, on est champions du monde. […] On peut perdre la tête, on peut tout à coup aller filer un coup de boule à l'arbitre. On peut aller filer un coup de poing à un adversaire. Et on joue à dix et on perd le match là-dessus ! Ou bien on a un coup de folie, mais dans le génie, et on va faire un super truc, on va gagner 1-0 et on va être champions du monde. Mais comment savoir si ce super truc on doit le faire à ce moment-là, à la 37e minute ? Et pourquoi ? C'est ça, le football. C'est pas possible d'expliquer. »

A ce stade, il y a deux façons de résumer. La première : le football est un sport de prolos insoumis fondé sur la tricherie, le hasard et les ratages techniques. La seconde : le football est un sport passionnant où la réussite de gestes techniques sublimes est d'autant plus jouissive qu'elle est rarement possible, et où la cohabitation subtile de l'intelligence et de la chance non seulement offre matière à réflexion sur le sens fragile de la vie, mais aussi confère à l'arbitre un rôle dont la noblesse n'a d'égal que son mérite.

Une palette d'émotions qui semble plus vaste et belle que dans la vraie vie
Au-delà de la glose et des partis pris, le football reste ce sport roi, excitant, passionnant, où la palette des émotions semble plus vaste et belle que dans la vraie vie. En cela, il occupe la fonction du sport-spectacle telle que les sociologues Norbert Elias et Eric Dunning l'ont décrite3. Dans nos sociétés marquées par un haut degré de retenue, où les Etats ont le monopole de la violence physique, la pratique et le spectacle du sport servent à susciter une forme d'excitation et des émotions qui ont disparu par ailleurs. « Ces sentiments n'ont pas seulement pour fonction de libérer des tensions, comme on le croit souvent, mais bien de restaurer cette dose de tension qui est un élément fondamental de la santé mentale. »

Alors, sport énervant ? Absolument. Et c'est tant mieux.



_________________
Et pourtant elle tourne...
avatar
Démocrate
Admin

Messages : 11553
Points : 14028
Date d'inscription : 10/04/2010
Age : 95
Localisation : Ici

http://1313.sos4um.net

Revenir en haut Aller en bas

Re: Football... une réflexion...

Message  Démocrate le Sam 9 Juin - 22:37

Vous regardez, vous suivez? Very Happy

Perso, c'est très rare.
Sauf quand le Brésil joue. Là, j'ai l'impression d'un "Continent" qui s'éveille en chansons et en danses, comme une ode à la joie... Very Happy


_________________
Et pourtant elle tourne...
avatar
Démocrate
Admin

Messages : 11553
Points : 14028
Date d'inscription : 10/04/2010
Age : 95
Localisation : Ici

http://1313.sos4um.net

Revenir en haut Aller en bas

Re: Football... une réflexion...

Message  Matagagna le Sam 9 Juin - 23:21

Je ne regarderais même pas si on me payait pour le faire. bounce
avatar
Matagagna
5
5

Messages : 8894
Points : 9132
Date d'inscription : 12/04/2010
Age : 68
Localisation : Ardenne profonde.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Football... une réflexion...

Message  Mamz'aile le Sam 9 Juin - 23:28

Je ne regarde pas. Par contre le tennis, oui.

Mamz'aile
4
4

Messages : 1195
Points : 1227
Date d'inscription : 26/12/2010
Localisation : Ath

Revenir en haut Aller en bas

Vous aimerez le foot.

Message  Matagagna le Sam 23 Juin - 14:28

avatar
Matagagna
5
5

Messages : 8894
Points : 9132
Date d'inscription : 12/04/2010
Age : 68
Localisation : Ardenne profonde.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Football... une réflexion...

Message  jeffry le Sam 23 Juin - 17:20

Mamz'aile a écrit:Je ne regarde pas. Par contre le tennis, oui.

OUF ! J'avais mal lu: "par contre le .enis oui " Rolling Eyes
avatar
jeffry
5
5

Messages : 5792
Points : 6772
Date d'inscription : 13/04/2010
Age : 69
Localisation : toujours au même endroit

Revenir en haut Aller en bas

Re: Football... une réflexion...

Message  Nadège le Mar 26 Juin - 16:23

Bonjour,
Dans un monde parallèle, Le japon est champion du monde en titre du Mondial 2011 ! Ce monde parallèle est le football féminin. Nous aurons peut être la chance de voir évoluer ces athlètes sur nos TV, en rediffusion, la nuit, à l'occasion des jeux Olympiques de Londres...
http://fr.fifa.com/womensworldcup/index.html
http://www.rtl.fr/actualites/sport/football/article/jo-2012-foot-feminin-le-france-avec-les-etats-unis-la-colombie-et-la-coree-du-nord-7747183843
avatar
Nadège
3
3

Messages : 743
Points : 790
Date d'inscription : 10/05/2010

Revenir en haut Aller en bas

Re: Football... une réflexion...

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum